• 02 - Question sur Job (2)

    La question pourrait être: pourquoi les longs dialogues du livre de Job ne portent-ils pas (ou presque pas) sur les pertes tangibles subies par Job ?

    Question sur Job

    Ces discours semblent en décalage par rapport au prologue du livre.

    Job a une particularité que Dieu ne lui reprochera jamais: se défendre devant les accusations des "amis" et , en fin de compte, devant l'Accusateur. Quand bien même sa défense s'avèrera totalement vaine, elle comporte une "justice" ou "justesse". Cette défense, encore imparfaite préfigure celle de Jésus qui confrontera les équivalents des amis de Job en son temps: les pharisiens.

    Le livre de Job va à l'encontre des mythologies ambiantes de son époque, dans lesquels le persécuteur est encensé et la victime déclarée coupable.

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    Job a tout perdu, même sa santé, .... enfin presque: il lui reste sa femme qui lui dit de maudire Dieu, et des "amis" qui l'accusent.

    Nous nous plaindrions de ces pertes surtout celles d'enfants. Oh ! Job le fait un peu, surtout sa santé, mais ce n'est pas du tout sa préoccupation principale dans les longs discours qu'il tient à ses amis.

    Citations:

    Mes frères, il les a écartés de moi, mes relations s'appliquent à m'éviter. Mes proches et mes familiers ont disparu, les hôtes de ma maison m'ont oublié.  Mes servantes me tiennent pour un intrus, je suis un étranger à leurs yeux. Si j'appelle mon serviteur, il ne répond pas, quand de ma bouche je l'implore. Mon haleine répugne à ma femme, ma puanteur à mes propres frères.  Même les gamins me témoignent du mépris : si je me lève, ils se mettent à dauber sur moi. Tous mes intimes m'ont en horreur, mes préférés se sont retournés contre moi. (19:13-19)

     

    Et maintenant elle me pousse à bout; tu as frappé d'horreur tout mon entourage et il me presse, mon calomniateur s'est fait témoin, il se dresse contre moi, il m'accuse en face; sa colère déchire et me poursuit, en montrant des dents grinçantes. Mes adversaires aiguisent sur moi leurs regards, ouvrent une bouche menaçante. Leurs railleries m'atteignent comme des soufflets; ensemble ils s'ameutent contre moi. Oui, Dieu m'a livré à des injustes, entre les mains des méchants, il m'a jeté.  Je vivais tranquille quand il m'a fait chanceler, saisi par la nuque pour me briser. Il a fait de moi sa cible... (13:7-10)

    Et maintenant, je suis la risée de gens qui sont plus jeunes que moi, et dont les pères étaient trop vils à mes yeux pour les mêler aux chiens de mon troupeau. Aussi bien, la force de leurs mains m'eût été inutile : ils avaient perdu toute vigueur, épuisée par la disette et la famine, car ils rongeaient la steppe, ce sombre lieu de ruine et de désolation; ils cueillaient l'arroche sur le buisson, faisaient leur pain des racines de genêt.  Bannis de la société des hommes, qui les hue comme des voleurs, ils logent au flanc des ravins, dans les grottes ou les crevasses du rocher. Des buissons, on les entend braire, ils s'entassent sous les chardons.   Fils de vauriens, bien plus, d'hommes sans nom, ils sont rejetés par le pays. Et maintenant, voilà qu'ils me chansonnent, qu'ils font de moi leur fable!  Saisis d'horreur, ils se tiennent à distance, devant moi, ils crachent sans retenue. Et parce qu'il a détendu mon arc et m'a terrassé, ils rejettent la bride en ma présence. Leur engeance surgit à ma droite, ils font glisser mes pieds et fraient vers moi leurs chemins de malheur. (30:1-12)

    Job se plaint objectivement de ce que toutes sa société s'est tournée contre lui, pas seulement ses trois "amis". C'est sa préoccupation.

    Lui qui avait été un chef indiscuté, une quasi idole parmi son peuple. Citation:

    Si je sortais vers la porte de la ville, si j'installais mon siège sur la place, à ma vue, les jeunes gens se retiraient, les vieillards se mettaient debout. Les notables arrêtaient leurs discours et mettaient la main sur leur bouche. La voix des chefs s'étouffait et leur langue se collait au palais. A m'entendre, on me félicitait, à me voir, on me rendait témoignage. Car je délivrais le pauvre en détresse et l'orphelin privé d'appui. La bénédiction du mourant se posait sur moi et je rendais la joie au cœur de la veuve. J'avais revêtu la justice comme un vêtement, j'avais le droit pour manteau et turban.  J'étais les yeux de l'aveugle, les pieds du boiteux. C'était moi le père des pauvres; la cause d'un inconnu, je l'examinais. Je brisais les crocs de l'homme inique, d'entre ses dents j'arrachais sa proie. Et je disais : «Je mourrai dans ma fierté, après des jours nombreux comme le sable. Mes racines ont accès à l'eau, la rosée se dépose la nuit sur mon feuillage. Ma gloire sera toujours nouvelle et dans ma main mon arc reprendra force. Ils m'écoutaient, dans l'attente, silencieux pour entendre mon avis. Quand j'avais parlé, nul ne répliquait, et sur eux, goutte à goutte, tombaient mes paroles. Ils m'attendaient comme la pluie, leur bouche s'ouvrait comme pour l'ondée de printemps. Si je leur souriais, ils n'osaient y croire, ils recueillaient sur mon visage tout signe de faveur.  Je leur indiquais la route en siégeant à leur tête, tel un roi installé parmi ses troupes, et je les menais partout à mon gré. (29:7-25)

    De sage, de chef, de suprême conseiller, d'homme craint et adulé, d'idole , il est devenu rebut... C'est ce qu'il dit !

    Sans entrer dans le pourquoi, ni dans le comment... ce livre de Job ne fait que refléter, parmi d'autres, le message qui pour moi est central du point de vue anthropologique* dans la Bible depuis le temps d'Abel: il y a des victimes et il y a des meurtriers, message qui culmine dans la vie de Jésus-Christ.

    Le temps est venu de considérer les prières désespérées de Moïse, en passant par les plaintes de David et celles de Jérémie,  pour en finir avec le "Mon Dieu, pourquoi mas-tu abandonné ?". Ces jérémiades prennent un sens: c'est le cri des innocents et non celui des persécuteurs, au contraire du monde païen qu ne reconnaît que la voix, ouverte ou voilée, du persécuteur, du meurtrier.

    Nous partirons de la Genèse.... de la chute et de la naissance de la civilisation via la descendance de Caïn.

    La révélation biblique nous donne le reflet divin, encore obscur pour ce temps, mais très pertinent et essentiel de ce que nous devons savoir sur l'homme...

    A suivre

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    *anthropologie: 

    L'anthropologie est la branche des sciences qui étudie l'être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques (anatomiques, morphologiques, physiologiques, évolutifs, etc.) et culturels (socio-religieux, psychologiques, géographiques, etc.). Elle tend à définir l'humanité en faisant une synthèse des différentes sciences humaines et naturelles. Le terme anthropologie vient de deux mots grecs, anthrôpos qui signifie homme (au sens générique) et logos qui signifie "parole", "discours" (et par extension "science").

    Cette discipline vise particulièrement les faits spécifiques à l'homme par rapport aux autres animaux (faits anthropologiques comme homo ou anthrôpos)  : langages articulés et figuratifs, rites funéraires, politiques ou magiques, arts, religions, costumes, parenté, habitats, techniques corporelles, instrumentales, de mémorisation, de numération, de représentations spatiales et temporelles, etc. Elle s’appuie notamment sur l’étude comparative des différentes sociétés et ethnies décrites par l'ethnologie et envisage l'unicité de l'esprit humain à travers la diversité culturelle.


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