• 07 - Chute et convoitise

    Genèse 3: 1-13

    Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme: Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? La femme répondit au serpent : Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort.

    Le serpent répliqua à la femme : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal.  La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea.

    Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus; il cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l'homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. Yahvé Dieu appela l'homme : Où es-tu ? dit-il.  J'ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l'homme; j'ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. Il reprit : Et qui t'a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ! L'homme répondit : C'est la femme que tu as mise auprès de moi qui m'a donné de l'arbre, et j'ai mangé ! Yahvé Dieu dit à la femme : Qu'as-tu fait là ? et la femme répondit : C'est le serpent qui m'a séduite, et j'ai mangé.

    Plusieurs aspects émergent de ce texte de la Genèse.

    Un seul sera traité, celui qui ne l'est presque jamais.

    Sera laissé de côté le les conséquences de la connaissance du bien et du mal pour l'homme. Pas "programmé" pour décider lui-même de cette connaissance, il en vient à avoir "les yeux ouverts" et réagir avec peur, honte, et les prémisses de la colère dans les accusations qu'ils se portent entre eux, contre le serpent et qu'ils portent à Dieu lui-même.

    Ce rapport de cause à effet est passionnant. D'ailleurs Jacques le reprendra dans son épître en écrivant sur la "convoitise des yeux et l'orgueil de la chair".

    Comment le fait de devenir autonome dans cette connaissance (fondement du péché) entraîne de telles réactions destructrices ? Laissons de côté...

    Laissons aussi de côté le sens hébreu du verbe "connaître" qui est bien plus profond que le sens étriqué qu'il a en français qui n'y voit en premier qu'une capacité intellectuelle.

    ______________________________

    Un aspect est évacué en règle générale. L'interaction entre Ève et le serpent, ce qui se passe concrètement.

    Si nous parvenons à saisir la finesse de ce qui nous est présenté, nous aurons un moyen de "lire" bien d'autres événements, qu'ils soient contenus dans les Écritures ou non, surtout ceux de la vie de chacun.

    C'est la base du fonctionnement du désir humain l'inclinant au péché qui nous est rapporté là. Avec les conséquences du péché, les fonctionnements pervers se complexifieront mais il n'en reste pas moins que L'Éternel a voulu nous donné ici le B-A-BA.

    Adam et Ève vivent dans le jardin d'Éden. Ils ont un accès "libre" à l'arbre de vie et à tous les autres arbres sauf un: celui de la connaissance du bien et du mal.

    Ils ont un interdit. Un seul.

    Ils ont vécu avec cet interdit sans problème. Ils côtoyaient l'arbre mais, seuls, il ne leur est jamais venu à la pensée de transgresser cet interdit.

    Il a fallu pour cela un intervenant externe à leur couple.

    C'EST PARCE QUE L'ARBRE EST DÉSIGNÉ COMME BON PAR LE SERPENT QU'ÈVE VA CÉDER.

    Il s'agit d'un triangle que l'on retrouve dans toutes les situations humaines.

    Le triangle est composé:

    • D'un sujet: ce peuvent être une personne seule comme Eve, une famille, un groupe, une tribu, un clan, une société dans son ensemble. On en verra plus loin les applications.
    • Un objet désirable, ici une capacité de connaissance du bien et du mal.
    • Un tiers, le médiateur, qui désigne au sujet l'objet désirable, ici le serpent.

    Exprimé ainsi, cela peut paraître trop simple.

    Mais pour illustrer, complexifions un peu: mettez un nombre X de jouets dans une pièce nue. Faites-y entrer le même nombre X d'enfants en bas âge. Vous verrez le résultat.

    On a ici plusieurs objets et plusieurs sujets. Et ce sont les adultes qui ont DÉSIGNÉ ces objets en les faisant entrer dans la pièce.

    Évidemment, le récit de la chute est autrement plus lourd dans ses conséquences que le récit des enfants ci-dessus. Rien de comparable.

    Cependant il s'agit du même mécanisme.

    Pour les enfants, il est complexifié parce qu'ils sont plusieurs et qu'il se trouve plusieurs objets.

    Dieu nous a néanmoins donné le B-A, BA.

    Relevons encore une fois l'importance du tiers: c'est lui le moteur de la convoitise.

    Et le tiers n'est peut-être pas une personne physique, ni spirituelle comme le serpent... mais on verra que c'est la plupart du temps le cas

    Avec les conséquences du péché, le mécanisme décrit dans la Genèse va certes perdurer mais il peut arriver que l'importance du tiers diminue. A mon avis elle n'est jamais absente quoique voilée.

    Ainsi Paul en Romains 7 dira que c'est le commandement (interdit) qui produit lui-même le péché de convoitise.

    ....le péché par le moyen du précepte produisit en moi toute espèce de convoitise... Rom 7:8

    C'est vrai, par "entraînement" à la rébellion dans sa propre âme, en interne, l'homme en arrive à la transgression sans aucun tiers.

    Quoiqu'il en soit, l'homme n'est pas seul dans ce monde. Il y a presque toujours un tiers pour nous montrer l'objet désirable.

    En passant: aux yeux de l'Éternel, ce n'est jamais le tiers tentateur qui porte la responsabilité de la transgression, ni qui en supporte automatiquement les conséquences.... sauf quand Jésus parlera de scandale.

    Le tiers est très varié mais c'est toujours pour celui qui est tenté "le serpent". Jésus parlera d'obstacle (skandalon) pour désigner le phénomène.

    __________________

    Permettez-moi d'anticiper sur de futurs développements.

    Le but montré par le serpent à Ève est de devenir COMME DIEU, outre seulement connaître le bien et le mal (l'objet).

    Le désir malsain (convoitise) dans notre conscience est semble-t-il toujours fixé sur l'objet.

    En est-il principalement ainsi ?

    Devenir comme Dieu ou devenir, en ce qui concerne les relations entre hommes, comme l'AUTRE n'est-ce pas le but final, la motivation première.

    Le tiers se présente comme expérimenté dans cette connaissance à désirer. Il se vante, il affiche sa superbe.

    L'objet, on le verra, devient "lassant", parfois même repoussant laissant le sujet dans le désespoir.

    Par contre, il y a ce désir de devenir "COMME" qui surpasse le tout.

    En fait, le désir n'a rien de malsain, "implanté" qu'il est par le créateur. A une condition: que le désir, l'imitation, le mimétisme se porte vers celui qui en est digne: JESUS-CHRIST qui imitait en tout son Père.

     

    Conclusion

    C'est ici la présence d'un triangle du désir qu'il faut retenir avant tout, puis que l'objet de la tentation est désigné par un tiers et enfin que le but final est de devenir "COMME" (Dieu ou l'autre).

     

    ________________________

     

    Note 1: encore une fois le désir, le mimétisme n'est pas mauvais en soi. Si Adam avait utilisé cette force, cette énergie pour peupler et assujettir la terre selon Dieu, cela aurait été parfait.

    Note 2: Le fait qu'Adam se laisse séduire de façon plus "brutale", rapide (le récit est plus court) n'a pas manqué de me poser question. Il se trouve bien le tiers: c'est Ève et un même objet: une connaissance interdite.

    Souvenons-nous de la lapidation proposée par les pharisiens de la femme adultère. Jésus y a compris qu'il fallait retenir celui qui lancerait la première pierre. Ce faisant, il bloque la lapidation.

    Et si un premier parmi les pharisiens après hésitation lance une pierre, la deuxième pierre sera plus rapidement lancée.

    C'est un peu ce qui s'est passé pour Adam: puisqu'Ève l'a fait, je le fait aussi, pense et fait Adam un ne "discutant" même plus.

    La contagion de plus en plus rapide du mal sous quelque forme que ce soit (violence ou autres) se fait très vite une fois que quelqu'un a commencé...

    Le bien selon Dieu a plus de difficulté à être contagieux... mais c'est possible. Par exemple: si un roi d'Israël faisait le bien aux yeux de l'Éternel, il était suivi par son peuple... au moins en grande partie.

    Note 3: ne divinisons pas les faits de la Bible pour en faire une "doctrine" rigide, une divinité au niveau des pensées. Pas plus que le "triangle" présenté ci-dessus; il s'agit pour celles et ceux qui ont besoin de structures pour penser, d'une AIDE.

    Note 4: pour désigner saine la capacité de motivation existante chez l'homme, j'utilise le mot "désir". Je peux comprendre que cela choque car ce mot est mal connoté dans notre langue. C'est parce que je n'en ai pas trouvé d'autre. Si quelqu'un a des suggestions à me faire....

    Pour désigner l'aspect "péché", le terme " convoitise" est préférable.


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :