• 10 - Une victime: Abel

    Genèse 3: 1-15

    "1. L'homme connut Ève, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn et elle dit : J'ai acquis un homme de par Yahvé.  2. Elle donna aussi le jour à Abel, frère de Caïn. Or Abel devint pasteur de petit bétail et Caïn cultivait le sol. 3. Le temps passa et il advint que Caïn présenta des produits du sol en offrande à Yahvé, et qu'Abel, de son côté, offrit des premiers-nés de son troupeau, et même de leur graisse. Or Yahvé agréa Abel et son offrande. 5.Mais il n'agréa pas Caïn et son offrande, et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu. 6.Yahvé dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n'es pas bien disposé, le péché n'est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer ?

    Abel et Caïn

    8. Cependant Caïn dit à son frère Abel : Allons dehors, et, comme ils étaient en pleine campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. 9. Yahvé dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? 10. Yahvé reprit : Qu'as-tu fait ! Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol ! Maintenant, sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit : tu seras un errant parcourant la terre. 13.  Alors Caïn dit à Yahvé : Ma peine est trop lourde à porter. Vois ! Tu me bannis aujourd'hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre : mais, le premier venu me tuera ! 15.  Yahvé lui répondit : Aussi bien, si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois et Yahvé mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappât point."

    Encore une fois, beaucoup d'aspects de ce récit seront laissés de côté. Par exemple:

    • Abel a-t-il la foi ? OUI, sans aucun doute.
    • Caïn est-il un modèle de l'être religieux ? cent fois OUI.
    • La nature des offrande de chacun est-elle significative ? A coup sûr OUI et plus qu'on ne le pense, particulièrement le choix d'Abel, un animal de son troupeau.
    • Caïn, dont Ève dit qu'elle l'a conçu avec l'aide l'Éternel, éludant le rôle d'Adam. Cela a-t-il un sens ? peut-être bien, mais je n'aime pas trop "tirer" le sens des textes.
    • L'Eternel prend-il soin de Caïn: OUI, et plus que d'Abel en fait.
    • Etc...

    Nous voici devant le deuxième événement mettant en scène les rapports de l'homme avec lui-même et avec l'Eternel. Si Dieu a voulu que nous ayons ces deux textes fondateurs, il y a certainement des raisons de la plus haute importance. Il veut mettre le doigt sur des éléments qui donnent à celui qui veut les recevoir une compréhension de base, un abécédaire, de tout ce qui passera ensuite.

    Ici deux frères.

    Tous deux vont désirer un même objet: l'Éternel et plus précisément son agrément, sa faveur.

    Le même triangle que celui de la chute se reproduit.

    Caïn ne supporte pas que son frère Abel ait "obtenu" l'objet et pas lui.

    On observe donc les "pointes" du triangle suivante:

    • Un objet: l'agrément, la faveur de l'Eternel
    • Un tiers: Abel
    • Un sujet: Caïn

    Encore une fois, ce triangle n'a pas de valeur morale. Il n'est ni blanc ni noir. Il rend compte d'un fonctionnement humain qui se répète sans cesse dans les récits de la Bible, ses enseignements et qui culmine à la crucifixion. Qui se répète aussi dans toute l'histoire de l'humanité.

    En effet, si dans la chute le serpent était le tiers, ici, Abel le juste, est ce tiers, bien qu'il n'y soit pour rien. Il est l'obstacle pour Caïn, tout comme Jésus sera scandale, obstacle pour les juifs religieux.

    Caïn, donc, désire ce qu'Abel a obtenu. Abel n'est responsable de rien là-dedans. Il n'est pas le tentateur, au contraire, il est presque effacé dans ce récit.

    La colère qui se manifestait déjà juste après le chute dans l'accusation atteint, malgré les exhortations de l'Éternel à l'égard de Caïn, un point de débordement par un passage à l'acte: le meurtre d'Abel. Le premier meurtre.

    Il désire être COMME Abel et il tue comme conséquence de ce désir.

    Comparaison avec les mythes de l'antiquité:

    1- Tous les mythes d'une façon explicite ou voilée décrivent un meurtre fondateur.

    La Bible pointe sur une interprétation diamétralement opposée à celle de ces mythes.

    Dans tous les mythes fondateurs des sociétés antiques, le meurtrier ou celui qui expulse l'autre est le héros et la victime acquiert au moins pour un temps un statut démoniaque. Si la victime est divinisée, elle inspire la terreur et son culte est l'objet de rites divers.

    Dans la Bible, l'innocent est l'innocent, même s'il est considéré par ailleurs comme coupable.

    Et le coupable est le coupable, même s'il est déclaré innocent par les autres.

    Qu'on ne me fasse pas dire que des coupables ne peuvent pas être victimes... mais c'est un contresens de parler de victime dans ce cas. Le coupable reçoit alors une rétribution en regard de l'acte qui l'a rendu coupable.

    Restons-en à ce qui fonde l'humanité et que la Bible corrige absolument en regard des mythes que nous aborderons, ceci dans le récit des deux frères.

    Il s'agit donc d'une opposition radicale entre ces deux visions, celle de l'Éternel et celle des hommes.

    ___________________

    Note:

    Aujourd'hui, la victime est parfois (oui, seulement parfois) reconnue comme telle.. Il en a fallu du temps et des larmes et le labourage pas encore terminé de la Parole en Israël d'abord, puis jusqu'aux extrémités de la terre.

    2- Ce meurtre fondateur est toujours l'occasion pour le héros (ie le meurtrier, coupable selon les Écritures) d'instituer des interdits, des règles ou des lois d'une part, et d'autre part de créer des rites dont un ou plusieurs commémorent le meurtre fondateur.

    Bien sur la Bible en parle.... mais nous verrons plus tard.

    _____________________

    En conclusion...

    Et ce n'est pas la moindre des chose: la Bible explicite l'inverse des mythes en ce qui concerne le sens de ce qui s'y déroule, le fondement de la culture humaine.

    Le fondement de la culture humaine consiste en violence et en meurtre.


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