• - Le maintien intégral de la loi morale

    Tiré de: "le jour des petits recommencements"

    Il s'agit d'un texte de Pierre Courthial, pasteur réformé, maintenant décédé, et fidèle défenseur de la foi de la Réforme. En effet, les hommes du temps de la Réforme tenaient en haute estime la Loi.

    Lorsqu'il parle de foi "catholique", il entend "universel et non catholique romain.

    Théonomie =  favorable à la loi de Dieu

     __________________________________

    Si quelques réformés n'ont cru, ou ne croient, devoir garder, à l'extrême, que les lois dites morales, réduites parfois au seul Décalogue, et ont rejeté, ou rejettent, tant les lois dites cérémonielles que les lois dites judiciaires (ou politiques), sans plus, les théonomistes (qui ont eu d'illustres prédécesseurs, comme Pierre Viret, au départ de la Reformation) - et pas seulement ceux qui se disent tels - enseignent qu'il faut garder la Loi morale révélée à Israël en son entier, intégralement, avec ses exemples casuistiques, y compris les lois sociopolitiques (= les lois dites judiciaires) qu'elle énonce et que si les lois dites cérémonielles - en fait, les lois sacrificielles et sacramentelles et les lois sur le pur et l'impur, de l'Église ancienne ne doivent plus être directement et littéralement appliquées, elles doivent garder néanmoins une autorité indirecte et typique qu'il ne faut aucunement éliminer.

    a) En cela, la théonomie suit fidèlement le Christ et son Écriture :

    - I) Jésus a nettement dit :

    "Ne pensez pas que je sois venu détruire (abroger, supprimer) la Loi et les Prophètes ; je ne suis pas venu détruire mais accomplir. En effet, je vous le dis, c'est la vérité : jusqu'à ce que passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l'i, de la Loi ne passera Jusqu'à ce que tout soit arrivé. Dès lors, celui qui viole un seul des commandements, même des plus petits, et enseignera aux autres à faire de même, sera appelé plus petit dans le Royaume des cieux ; celui qui les pratiquera et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le Royaume des cieux (Matthieu 5: 17-20)."

    - II) La Tradition apostolique (= le Nouveau Testament !) ordonne d'abandonner (et ne permet d'abandonner que) le sens direct et littéral des "lois sur le pur et l'impur" et des "lois sacrificielles et sacramentelles" du service ancien (cf. entre autres, pour les premières : Actes 10 : 10-15. 28 ; et 11 : 4- 10 ; Ephésiens 2 : 11-20 ; pour les secondes : Hébreux 1 à 10). Écrivant peu avant 70 - année cruciale de la destruction du Temple de Jérusalem et du jugement terrible du Christ sur une génération méchante, adultère, pécheresse et perverse l'auteur des Hébreux dit que "ce qui est ancien est vieilli, tout près de disparaître" (8: 13). Mais le même auteur rappelle aussi qu'avec le Tabernacle, le Sanctuaire , les objets et les sacrifices du culte ancien, nous avons des "représentations" (hypodeigmata = images, répliques, copies) des réalités célestes" (9 : 23-24). De même, en 2 Corinthiens 6 : 14 à 7 : 1, et Romains 12 : 1, S.

    Paul nous enseigne - Parole de Dieu que "les lois sur le pur et l'impur", auxquelles il faut joindre sans doute les Lois interdisant de mêler deux espèces de semences, d'animaux ou de fibres (par ex. Deutéronome 22.9-11), ont encore beaucoup à nous dire et à nous révéler (dans la recherche scientifique notamment), à nous qui sommes sous le nouveau régime allianciel, qui sommes le Temple du Dieu vivant", qui ne devons "pas former avec les infidèles un attelage disparate" mais "offrir nos corps comme un sacrifice vivant", ce qui est notre culte logique (= notre culte selon le Logos, selon la Parole incarnée et écrite) ; mais alors, nous devons entendre et vivre ces lois séparatrices en un sens désormais indirect et typique .

    Je note encore que la distinction nécessaire entre lois morales et lois sacrificielles est confirmée, s'il en est encore besoin, par l'affirmation divine : "Je veux l'amour fidèle (en hébreu : hèsèd) et non le sacrifice" (Osée 6 : 6).

    Il faut inclure dans les lois sacrificielles et sacramentelles, les lois concernant les purifications, aussi bien des hommes que des femmes (cf. par exemple Lévitique 15 ; 18 : 19 ; 20 : 18 ; Nombres 19 : 11-22) ou celles des femmes après la naissance d'un enfant (cf. Lévitique 12). L'ensemble de toutes ces lois se rapporte : d'une part, au péché de tout le genre humain en Adam, péché auquel nous participons tous dès notre conception ; d'autre part, à l'Alliance de grâce en Christ, le nouvel Adam à venir. Les relations sexuelles dans le mariage n'ont, en soi, rien d'impur ; mais le péché originel, comme aussi l'Alliance de grâce pour les membres du peuple de Dieu, courent de génération en génération. D'où la portée sacramentelle, au sens large, des lois que nous considérons et qui pointent vers la chute du premier Adam, en arrière ; et vers le salut qu'apporte, pour beaucoup, le second Adam, en avant. Il faudrait détailler l'exégèse qui rapprocherait la purification des femmes après la naissance d'un enfant, de la circoncision des enfants mâles de l'Alliance d'une part ; et d'autre part, le sens typique de ces actes par rapport au baptême, pour l'Église de la nouvelle Alliance. Derrière tout cela, doit être développée la théologie biblique du sang sans lequel il n'y a pas d'expiation du péché.

    b) Les lois casuistiques

    Quant aux lois casuistiques, nombreuses dans la Torah, elles constituent pour nous, dans la nouvelle disposition de l'Alliance, des exemples normatifs d'application de la Loi morale de Dieu en des situations et circonstances historiques et culturelles nouvelles28. Ainsi devons-nous écouter, et chercher à suivre fidèlement, dans l'obéissance, aussi bien les principes généraux (qui vont bien au-delà du seul Décalogue, mais qui sont condensés dans celui-ci, comme lui-même est condensé dans le sommaire de la Loi : Deutéronome 6 : 5 ; Lévitique 19: 18 ; Matthieu 22: 34-40) de la Loi morale de Dieu que les exemples de leur application qui nous sont aussi révélés.

    La casuistique a besoin d'être restaurée, réformée, sans cesse mise à jour, dans la fidélité à la Sainte Écriture.

    Si beaucoup ont une idée négative, péjorative, de la casuistique, c'est qu'ils oublient qu'il est deux sortes de casuistique.

    - l'une qui cherche, frauduleusement, à esquiver, par des arguties, ce que dit la Loi de Dieu qui est alors, elle, mise en question ; cette abominable casuistique est celle des Pharisiens de son époque que Jésus a vigoureusement combattue (cf. par ex. Matthieu 23 : 16 à 36), ou celle que Pascal a fustigée dans ses Provinciales ;

    - l'autre qui cherche, au contraire, à suivre et faire suivre, fidèlement, la Loi de Dieu en tel(s) ou tel(s) cas précis et actuels ; c'est nous, alors, qui sommes mis en question ; cette seconde et bonne casuistique s'accompagne d'une méditation et "Intelligence" de la Loi du Seigneur pour en faire ses délices (comme le chante le Psaume 119).

    La restauration du sens de la Loi de Dieu, jusqu'en sa casuistique, va puissamment contribuer à la défaite indispensable de l'humanisme qui infeste aujourd'hui l'Eglise et les chrétiens. La catéchèse, la prédication et le témoignage chrétiens cesseront, en effet, d'être pervertis par l'enseignement et la proclamation, à la Marcion, d'une Parole de Dieu, d'un Evangile, amputés de l'indispensable Loi de Dieu avec ses commandements, ses exemples et ses avertissements.

    Les "pasteurs et docteurs" devenus a-nomistes (sans la Loi) ou anti-nomistes (contre la Loi), sous prétexte de fidélité à l'Évangile, sous prétexte de s'en tenir au "salut par grâce par le moyen de la foi", ou bien se convertiront (feront demi-tour), ou bien devront quitter leur ministère devenu insupportable à leur Église redevenue fidèle.

    Il ne sera plus question de parler de lois mythiques (inventions, par exemple, du nomadisme primitif) que contiendrait l'Écriture ; ou de lois dépassées, n'ayant eu de sens qu'en des époques révolues de l'histoire progressive de l'humanité ; et encore moins de lois à rejeter, à biffer, à annuler, parce qu'attentatoires à la modernité ou aux droits de l'Homme.

     

    c) Les lois Judiciaires et politiques

    Nous en venons à la question, importante pour la théonomie, des lois dites judiciaires, politiques, qui concernent le domaine du Droit, privé ou public, au sens large ; lois qui touchent au social, au politique, à l'économie, et à la pénologie et décrivent, définissent, tant les normes de la vie socio-politique que les sanctions, les suites, positives ou négatives, qui s'ensuivent.

    Sur ce point, la théonomie se heurte non seulement aux humanistes, du dehors ou du dedans, mais, en l'Eglise, au piétisme qui, sans le vouloir, contribue au développement de la maladie humaniste en lui abandonnant des secteurs entiers de l'existence. Au long des siècles, et notamment depuis le XVIIIe siècle, le piétisme n'a cessé de limiter la portée et l'autorité de la Parole, de la Loi, de Dieu à la vie personnelle et familiale, au culte, et à l'Église isolée du monde et s'en retranchant pour se protéger.

    En minimisant la Loi morale de Dieu, en la restreignant, en s'opposant à son extension à tous les domaines qui constituent la majeure partie de la vie des hommes ici-bas, en ne laissant à la souveraineté de la volonté préceptive de Dieu que la part de l'existence susceptible d'être "pieuse", les piétistes abandonnent, de fait, tout le reste - ce qui fait beaucoup ! - aux volontés humaines (ou démoniaques ?), maîtresses alors du terrain ; ils deviennent complices de l'humanisme qui profite de leur réserve, de leur abstention, volontaire, pour l'emporter.

    S'ils cèdent au piétisme, les chrétiens pourront aller, devant les difficultés et en temps de crise, comme aussi la plupart du temps, jusqu'à penser trouver dans la prière un alibi pour leurs désobéissances à la Loi morale de Dieu en général et, en particulier, aux lois dites Judiciaires, politiques.

    A l'opposé, d'autres chrétiens, malades de l'humanisme, chercheront bien à s'engager, à militer, dans les domaines de l'existence socio- (ou économico-) politiques etc., mais pour suivre alors, non la Loi de Dieu concernant ces domaines mais les idéologies (idologies) humanistes et leurs lois.

    Piétistes ou militants humanistes se rejoignent alors au moins sur ce point : Dieu, dans ces domaines, n'a rien dit, n'a rien à dire, n'a rien voulu dire. On comprend ainsi pourquoi toute Église, malade de l'humanisme, ou bien prend le parti, à son tour, de ne rien dire ; ou bien, quand elle croit devoir dire quelque chose, s'aligne sur les idées ou opinions humaines majoritaires et/ou à la mode, véhiculées par les médias. A la limite, en ces domaines, on "se réfère" à Dieu, au Christ, à la Bible, sur tel ou tel point "choisi" et qui "plaît" ; mais ce n'est pas pour recevoir et suivre l'Écriture normative et objective du Dieu Créateur- Sauveur-Seigneur souverain : la Parole qu'il a dite n'est-elle pas interdite ?

    Défaisant les diverses formes que prend l'humanisme, la théonomie, au sens fort de Loi de Dieu, est seule à définir et décrire ce que sont le bien et le mal, ce que sont la justice et l'injustice, ce que sont les divers gouvernements d'institution divine (nous allons en parler), quelles sont les normes établies par Dieu pour tous les divers domaines de la vie des hommes ; et ce, avec le nombre d'exemples d'application de la Loi qui doivent être fidèlement transposés dans les circonstances actuelles. La difficulté de cette recherche d'obéissance, de commencement d'obéissance, ne doit jamais détourner de cette recherche ; la difficulté n'est d'ailleurs pas du côté de la Loi, mais de notre côté, en raison de tout ce qui reste en nous de péché, de penchant vers l'autonomie, de résistance à céder à Celui qui, avec et par sa Loi - toujours accompagnée, inséparablement, de son Evangile -, nous enveloppe et pénètre de sa miséricorde, et de la force et douceur de sa grâce.

    La Tradition apostolique, à maintes reprises, rappelle et souligne l'autorité indéfectible des lois judiciaires (= socio-politiques) de la Torah et de la TaNak, par exemple :

    - sur la famille : Matthieu 15 : 4-6 ; cf. Exode 20 : 12 ; 21 : 17 ;

    - sur l'inceste : 1 Corinthiens 5: 1 ; cf. Lévitique 18: 8 Deutéronome 27 : 20 ; Amos 2: 7 ;

    - sur l'homosexualité : 1 Corinthiens 6 : 10 ; Romains 1 : 26-27, 32 ; cf. Genèse 1 : 27-28 ; 2 : 18, 23-24 ; 5 : 2 ; 19 ; Lévitique 18 : 22 ; 20: 13 ;

    - sur les rapports avec les prochains, même ennemis : Matthieu 5 : 44 ; Romains 12 : 19-20 ; cf. Exode 23 : 4-5 ; Job 31 : 29 ; Proverbes 25 : 21 -22 ; etc.

    A fortiori, même si la Tradition apostolique ne le rappelle pas, les lois judiciaires concernant les immigrants, les étrangers dans la communauté d'Israël gardent leur autorité normative ; ni plus ni moins que les autres.

    Nous avons d'ailleurs déjà vu que la Torah interdit de retrancher quoi que ce soit à la Loi morale, exemplaire pour toutes les nations, donnée par le ministère de Moïse (Deutéronome 4 : 2, 5-8).

    En ce qui concerne le gouvernement civil - pour simplifier, disons : l'État -, sa forme (selon l'Ecriture, et donc selon la Tradition catholique), qu'elle soit démocratique, oligarchique ou monarchique, est bien secondaire par rapport à la soumission au Droit défini par la Parole de Dieu :

    - ou bien la théonomie ; ou bien l'humanisme de quelque prétendue autonomie ;

    - ou bien un État légal, c'est-à-dire un État de Droit, cherchant à gouverner un territoire donné conformément1à la Loi de Dieu (au sens biblique donc, des mots légal et Droit) : un État selon Romains 13 : 16 , ou bien un État selon Apocalypse 13, un État de tendance arbitraire et totalitaire mettant sa propre Loi à égalité avec, ou au dessus de, la Loi de Dieu ;

    - ou bien un État qui reconnaît les limites de son pouvoir et de son domaine, et dont les mains portent les marques théonomes (Deutéronome 6 : 8) ; ou bien un État qui, en tous domaines, impose ses propres marques autonomes sur les mains de tous les citoyens (Apocalypse 13 : 16-17) ;

    - ou bien un État exerçant sa légitime autorité dans le domaine précis que Dieu lui a confié, et comme une diaconie (= une charge, un service, cf. Romains 13 : 4) afin que "ceux qui font le bien" soient approuvés et protégés et que les "malfaiteurs" soient jugés et condamnés, selon la Loi de Dieu, car ce n'est pas en vain que les autorités en place portent le "glaive" qui manifeste, quand il le faut, la juste colère de Dieu (toujours Romains 13) ; ou bien l'État tyrannique de la Bête (toujours Apocalypse 13).

    Avec le développement de l'humanisme, cette religion anti-chrétienne et antinomiste (= opposée à la Loi de Dieu, à la Sainte Écriture), et sa croissante infiltration "contaminante" dans l'Église ("Dieu a foi en l'Homme !", "Ayons foi en l'Homme !"), le pouvoir de l'État, de l'État-Providence, de l'État divinisé, n'a cessé de croître. Et cette "totalitarisation" de l'État, vrai retour au paganisme humaniste de l'Antiquité ou des temps pré-chrétiens, tend à s'exacerber au point que sur plusieurs importantes questions éthiques qui se posent aux plus grands savants dans leurs recherches, comme aux plus ordinaires des hommes dans leur vie quotidienne, fuse aujourd'hui l'effrayante interrogation :, "Quelles lois doivent gouverner : celles de Dieu ? ou celles de l'État ?"

    L'histoire du mot "gouvernement" est une claire (hélas illustration de notre présente rétrogression socio-politique.

    Il n'y a pas si longtemps ce mot désignait aussi bien la maîtrise de soi (le "gouvernement de soi" disait Montaigne) que l'autorité du mari dans le "ménage", la vie conjugale ; celle des parents dans la vie familiale ; celle des ministres ordonnés dans la vie des Églises ; que celle des "magistrats" dans l’État. Cette diversité de gouvernements, ayant chacun son domaine propre, dans la soumission a l'autorité souveraine de Dieu, selon la Sainte Écriture, excluait radicalement aussi bien l'étatisme que le cléricalisme.

    Aujourd'hui, dire gouvernement (sans avoir plus à préciser : civil), c'est désigner l'État ; car l'État s'est immiscé en tout ce qui, selon la Loi de Dieu, ne le regardait pas : dans notre vie à chacun, dans la vie des familles et l'éducation des enfants, dans la vie économique, dans la vie culturelle, etc., et il a réussi à reléguer les Eglises dans un domaine déclaré "privé" qui n'est aucunement le seul de leur mission (cf. Matthieu 28: 18-20 ce qui ne l'empêche pas de réclamer (et d'obtenir), chaque fois qu'il le juge nécessaire, leur appui dans ses décisions !

    L'importance, pour les hommes, des lois judiciaires et politiques révélées dans la Sainte Écriture, est telle que Dieu, à court ou plus ou moins long terme, bénit les nations qui se conforment extérieurement au Droit que définit sa Parole, et qu'il punit, au contraire, celles qui s'en écartent, en laissant sa Loi se retourner contre elles (cf. par exemple Amos 1 et 2 : 4-8 ; Jérémie 50 et 51 ; Esaïe 19).

    D'aprés Pierre Courthial


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